Contemplatives ou prêcheresses ?
Puisque des moniales ne prêchent pas, comment vivons-nous la dimension de la mission de l'Ordre dans notre vie contemplative ?
Tout d'abord et tout simplement parce que nous avons reçu la « mission de la prière » au cœur de l'Eglise. La prière de louange et d'intercession dans le don total au Seigneur, telle est notre vocation et donc notre mission. Dans la communion des saints, la Parole de Dieu que nous accueillons et que nous désirons mettre en pratique dans nos vies déploie toute sa puissance d'illumination, et elle ne revient pas au Père sans avoir fait germer le Salut dans les cœurs.
Cette mission d'Eglise, nous la vivons à la suite de saint Dominique qui nous a attirées par le parfum particulier de sa grâce. C'est un parfum d'amour de la Vérité qui est le Verbe, et c'est là que dans notre vie se situe toute l'importance de la Parole de Dieu assidûment écoutée et étudiée, priée et contemplée, et un parfum de compassion pour tout homme assoiffé de bonheur, qui passe à côté de la Source sans la voir.
Mais notre mission consiste également à être « signes » : en cela aussi nous sommes envoyées par l'Eglise, car si des femmes qui ne prennent pas la parole de manière habituelle devant un auditoire peuvent être appelées « sœurs prêcheresses », c'est que leur choix de vie a quelque chose à dire : une vie en tension vers Dieu par l'espérance qui nous fait désirer le bonheur éternel en Lui, et fécondité mystérieuse d'une existence offerte avec le Christ pour la transfiguration de l'humanité.
Nous vivons selon la règle de saint Augustin, règle monastique inspirée du texte des Actes de Apôtres : « la multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme. Nul ne possédait quoi que ce fût en propre. Mais entre eux tout était commun. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins »(Ac 32a-35b).
La Parole de Dieu que nous voulons porter au monde par le signe de la communauté est parole de communion qui s'édifie sur la charité fraternelle sans cesse « en chantier ». Il y a là une sorte de pari de la vie commune cimentée par la miséricorde et le pardon mutuel. Si « ça tient » malgré toutes les difficultés de l'entreprise, cela peut faire signe sur la réalité de l'Esprit qui accomplit son Œuvre en nous, ou du moins cela peut interpeller ! Saint Augustin a dit « si tu vois la charité, tu vois la Trinité »… si une communauté peut tisser une vraie charité fraternelle à longueur de vie, elle est témoin de la Présence de Dieu au milieu d'elle.