Cinq moyens pour trouver l'amour divin
LA DOUCEUR DE L'AMOUR DE JÉSUS
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J'ai reçu votre lettre, ô vierges consacrées au Christ, épouses de mon Maître Jésus, pendant l'octave de la Pentecôte : elle m'a mis au coeur une joie très vive, et j'ai senti tout au fond de moi-même, pour vous répondre, l'inspiration intérieure de l'Esprit de Dieu, auquel depuis longtemps déjà j'ai abandonné le gouvernement de mon âme. Je' me suis donc levé de la couche où je m'étais, étendu pour donner à mon corps le repos nécessaire du sommeil, j'ai allumé, et j'ai mis la main à la plume, comme incapable de continuer à dormir, même si je l'avais voulu, si vif était l'élan de mon coeur à vous montrer ma charité. Voici donc le pauvre pécheur Venturin - plaise à Dieu que de notre Père saint Dominique il soit l'imitateur et le fils! - qui vous écrit pour satisfaire à votre désir : en guise de salut il vous souhaite de voir le doux Jésus, auteur de votre salut, si intimement présent à vos coeurs que Lui seul les possède, qui nous a rachetés de son sang, qu'en Lui seul ils trouvent de la douceur, au point que toute celle du monde leur semble amertume; qu'enfin la ferveur de son amour vous fasse trouver agréable tout ce qui est difficile. Heureuse l'âme qui a si bien fixé ses pas dans le, chemin des commandements du Très-Haut, qu'elle ne goûte plus que le Christ, ne craigne et n'aime rien que le Christ Jésus, et crucifié, ne veuille rien écouter ou dire que ce qui est embelli du nom très doux de Jésus; à qui Jésus résonne à l'oreille comme un suave cantique, parfume la bouche comme un miel merveilleux, réjouit le coeur comme un nectar céleste : miel à la bouche, mélodie à l'oreille, -allégresse au coeur.
Courage donc, épouse du Christ, donnez-vous toute à Celui qui s'est donné tout entier à vous, puisque à la Crèche, il s'est fait votre compagnon, à la Cène votre aliment, sur la Croix votre rançon, pour être dans son royaume votre récompense. Renoncez à tout pour avoir Celui en qui vous aurez tout. Souvenez-vous que le marchand de l'Évangile ne put se procurer la pierre précieuse qu'en vendant tout ce qu'il possédait. L'amour de Jésus est un baume qui réclame un coeur pur, et il dédaigne d'entrer dans une âme où il voit subsister quelque chose d'un amour de la terre; et qui mettrait un baume précieux dans un vase qui ne serait pas parfaitement vide et propre? Pour me faire comprendre, mères, soeurs et filles bien-aimées dans le. Christ, je vais vous dire en termes clairs ce que je jugé nécessaire pour trouver l'amour divin, et sans quoi même il est tout à fait impossible de le trouver. Prêtez-moi l'oreille de vos coeurs ; écoutez et comprenez, et mettez en oeuvre ce que le très bon Jésus veut vous faire entendre par ma plume.
LA PAUVRETÉ.
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En tout premier lieu, et comme fondement de tout l'édifice, sachez, épouse du Christ, qu'il vous sera nécessaire de rejeter de votre coeur la poussière des vanités d'ici-bas. Voici comment vous ferez : tout ce que vous avez, peu ou beaucoup, portez-le à la cellule de la Prieure, vous dépouillant de tout, et de tout coeur, quittant même robe et scapulaire; pour que, comme une nouvelle petite fille du Christ, comme une vraie enfant de saint Dominique solidement établie dans l'amour renouvelé de la pauvreté, votre supérieure vous habille elle-même, vous revêtant affectueusement de la livrée du Christ, comme si elle faisait l'aumône à une petite pauvre ; ainsi entrée dans la société des pauvres du Christ, vous pourrez comprendre, et avec quelle allégresse d'esprit! la portée de cette si douce parole de votre Époux : Heureux
les pauvres en esprit, parce que le royaume des . Cieux est à eux. Eh, bon Jésus, qui peut entendre ce nom de bienheureux que vous donnez aux pauvres, et hésiter en son coeur à prendre cette grande dame la pauvreté pour épouse, compagne et amie?
Réjouissez-vous donc, épouse du Christ, devenue héritière, même maîtresse et reine, du royaume du Ciel. Ayez soin simplement de garder fidélité à votre dame la pauvreté, jusqu'à ce qu'elle vous introduise en possession du royaume céleste. Ainsi dépouillée, ne gardez et n'acceptez rien, n'ayez pas de clef; recevez seulement, de la main de la Prieure ou de sa remplaçante, le strict et maigre nécessaire du moment ; ne faites aucun ouvrage qui ne vous soit ordonné; ne vendez pas, n'achetez pas, ne touchez pas d'argent, sauf celui que pourraient vous donner vos parents : recevez-le, mais remettez-le aussitôt entre les mains de la Meure. Et ne tirez pas gloire de ceci, même si vous renonciez à de grands biens, mais du fond du coeur remerciez Jésus-Christ de vous avoir délivrée d'un tel fardeau, dont le poids vous écrasait.
Comme lit, ayez une paillasse avec des couvertures de laine rudes et grossières, autant qu'il en faut contre le froid ; mettez sous votre tête un sac de paille, et laissez tout ce qui sent la frivolité, afin de pouvoir dire : Notre lit est tout fleuri (Cant., i, 16), comme votre dame la pauvreté sait si bien l'orner; quoique, à dire vrai, cette parole du Cantique désigne .surtout la conscience parée des fleurs des vertus, mais c'est aussi ce que je cherche à faire entrer dans vos esprits:- Que votre vêtement soit commun au regard, rude au toucher, et pauvre comme prix; rejetez toute élégance dans la coupe et la couture; que vos voiles de tête, vos chaussures, les reliures ou les couvertures de vos livres, en un mot tout ce dont vous vous servez, soit sans aucune apparence de futilité, comme il convient à votre dame pauvreté.
L'OBÉISSANCE.
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Ainsi posé ce très solide fondement, il faut encore, épouse du Christ, vous soumettre de tout coeur au joug de l'obéissance, vous appliquant à briser votre volonté en tout vis-à-vis de la Prieure et de la sous-Prieure. Je veux même que vous soyez soumise à toutes les Soeurs comme si vous aviez promis obéissance à toutes, là seulement, bien entendu, où cela se peut sans offenser Dieu : ce renoncement à votre volonté vous donnera la paix du coeur. D'où vient en effet le trouble de l'esprit, sinon des contradictions à notre volonté qui nous viennent de Dieu ou des hommes? Supprimez la volonté propre, et il n'y aura plus d'enfer : car c'est elle seule qui brûle en enfer, dit saint Bernard.
LE SILENCE.
- Ensuite, épouse du Christ, de toutes les forces de votre âme et de votre corps, avec un soin jaloux, tâchez de maîtriser votre langue, sa malice, sa mobilité pleine de poison mortel : soyez comme une muette; ne parlez que si l'on vous interroge, ou s'il le faut vraiment, et alors brièvement et à voix basse, et après sérieuse réflexion. Heureuse l'âme qui craint de dire des paroles inutiles ou oiseuses, comme un autre aurait horreur de blasphémer le Christ ou. la sainte Vierge.
LA PRIERE.
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Quant au zèle de la prière, laquelle donne de la solidité à tout l'assemblage des vertus, et même sans laquelle tout l'édifice spirituel tombe en ruines, voici là méthode à suivre : priez fréquemment; c'est-à-dire souvent, le jour et la nuit, agenouillez-vous à l'église ou ailleurs, suppliant Jésus-Christ avec une grande ferveur d'esprit, avec des gémissements et des - soupirs (c), d'embraser votre coeur du feu du Ciel, d'y graver profondément sa très amère et très douce Passion, et si fortement que, quoi que vous fassiez, en marche, debout, assise, mangeant ou buvant, tout ce que vous sentirez, verrez ou entendrez, vous apparaisse rougi du sang du Christ.
N'ayez pas le souci de dire beaucoup de paroles ou de psaumes : en semblable affaire, il ne faut que peu de mots, mais prononcés avec gravité et attention intérieure. Et même le mieux est de se contenter des seuls méditations, soupirs et gémissements (2) : car c'est en cela, épouse du Christ, qu'est toute votre sagesse, chercher à vous unir du plus fervent amour à votre très doux Époux; c'est à cela que tend la pratique de toutes les autres vertus, abstinences, veilles, disciplines, silence, lecture, exercices de piété, solitude, obéissance ; en un mot, tout ce que vous faites, faites-le pour affermir au plus profond de votre coeur la sainteté de Jésus-Christ.
L'HUMILITÉ.
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Mais il faut que vous sachiez que tous ces moyens seraient sans valeur si, avec la Vierge bénie, vous ne possédiez une humilité très profonde. Donc ayez sans cesse devant les yeux vos défauts passés et présents, et faitesvous constamment à vous-même de vifs reproches. S'il y a en vous quelques qualités, jetez-les derrière vous, et regardez-les comme venant, non de vos mérites ou de vos efforts, mais de la seule bonté de Dieu. Il n'en faut pas plus, élue de Dieu, pour vous arrêter dans votre course. que
de présumer de vous-même en quelque chose.
Ne jugez personne; ne vous irritez pas des défauts d'autrui; ayez le coeur compatissant à tous; songez toujours que vous feriez immédiatement tous les péchés si le Christ retirait sa main si peu que ce fût. Marchez en tremblant, toujours craintive, et disant à chaque instant : Jésus, aidez-moi. Heureuse l'âme qui ne cesse de craindre et de veiller, redoutant à chaque pas de tomber dans les filets de l'ennemi. C'est là la crainte qui procède de l'humilité, qui engendre l'humilité, et seule l'humilité échappe aux pièges de l'ennemi, comme il fut révélé à saint Antoine.
Mon coeur brûle, ô vierges consacrées, de vous montrer par des paroles plus ardentes, si le Christ me les inspirait, la voie des vertus chrétiennes. Certes c'est le monde entier que je voudrais réduire en l'esclavage de Jésus, mais je sens mon esprit enflammé d'une charité plus intense pour- la formation des âmes qu'Il s'est choisies pour épouses. Car c'est Lui, je le sais bien, que vous cherchez ; qu'est-ce autre chose que son amour qui vous a poussées à écrire de si loin à un pauvre pécheur, qui désire cependant aimer Jésus-Christ, à lui demander ses prières en promettant les vôtres, à lui exposer vos peines et à réclamer une lettre de consolations? C'est donc à votre charité que je réponds, comme vous m'en priez à genoux, en vous recevant toutes et chacune dans l'asile de mon coeur : ainsi si l'Époux céleste daigne venir à moi, je vous aurai tout près pour vous recommander à Lui.-Puisset-il vous remplir de sa sainte crainte et de son saint amour, et vous conduire finalement à la patrie du Ciel. - Ainsi soit-il.
LA COMMUNION SPIRITUELLE.
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Quant à la profanation des choses divines où vous a entraînées une crainte déréglée, assurément le parti *que vous avez choisi n'était pas le bon : c'est une tout autre. manière d'agir que la grande sainte Susanne a enseignée par ses paroles et ses exemples, et Dieu la délivra merveilleusement; il vous eût délivrées de même, car il aide toujours ceux qui se confient en lui. Mais puisque à chose faite il n'y â pas de conseil, il reste que vous recouriez au Christ en gémissant, lui demandant pardon avec larmes. - Maintenant, que vous soyez suspendues des sacrements de l'Église ne vous enlève pas l'amour divin, si vous voulez être prudentes et suivre des avis sûrs : l'âme en effet peut, sans chant et sans bruit de paroles, trouver très pleinement Jésus-Christ. Vous savez ce que dit saint Augustin, sur le sacrement de l'Eucharistie : Croyez, et vous avez mangé. Appliquez-vous donc avec ferveur à la méditation de la très douce Passion, et vous recevrez l'effet. du sacrement (3)
Demandez à Jésus-Christ qu'ici, et parmi vous, et dans le monde entier en-deçà et au-delà de la mer, il exauce mes désirs, je dirai même mes soupirs. Priez-le pour mon compagnon et pour tous ceux qui me sont proches; le nom de mon compagnon est Nicolas (de Faënza).
CONSEILS A LA PRIEURE.
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Je vous salue du fond du coeur, Catherine amie de Dieu ; que Jésus-Christ daigne vous faire don de la chaîne des vertus, qui vous attachera si étroitement à ce très doux Époux, que vous lui serez unie dans l'embrassement de son amour et vous transformerez en Lui. Bien que la chaleur de l'amour divin qui pénètre mon âme me tienne uni à toutes les Soeurs par une affectueuse charité, j'ai pour vous un spécial attachement pour deux raisons : l'une est que, étant prieure, le bien qui vous est fait a plus d'influence sur tout le monastère que le bien fait à toute autre, pourvu que les Soeurs vos subordonnées trouvent en vous l'exemple de la sainteté en tout; l'autre est que vous avez l'honneur de porter un nom qui m'est très doux, parce que c'est sainte Catherine que j'ai prise pour avocate.
Je vous exhorte en Notre-Seigneur Jésus-Christ, très chère soeur et fille, à graver sur les tablettes de votre coeur, la première de toutes, la lettre que j'écris à toute la communauté; soyez la première à tenir la main au maintien de l'unité et de la vie commune dans votre couvent. Que toutes les Soeurs soient d'accord avec vous dans l'amour de la pauvreté volontaire, même si le monastère a de grandes ressources, car il est facile de les partager avec les indigents. Si par la grâce de l'Esprit-Saint des Soeurs suivent ce conseil, ayez pour celles-là les soins les plus attentifs comme si vous étiez leur mère selon la nature. Et puis avec toutes, soyez humble et bonne, usez davantage des observations que du commandement par autorité.
O ma très chère fille Catherine, lorsque vous sentez au coeur la présence du Crucifié, n'oubliez pas de prier pour Venturin pécheur. Aimez la Croix, lumière du monde, et vous aurez le doux Jésus pendant l'éternité. 0 très aimant Jésus-Christ, embrasez votre fille Catherine de l'amour de votre très douce Passion.
Écrit le samedi après la Pentecôte. - JésusChrist est mon amour. Jésus, gravez votre sainte Passion au cceur de vos servantes que j'aime comme des filles que vous m'avez données.
Venez, colombe sans tache, venez dans les trous de la pierre, dans les fentes de la muraille (Cant., II, 13 et 14).

(1) Il suffit et il vaut mieux qu'ils soient tout intérieurs : il s'agit ici de cette belle vertu qu'on appelle la componction, sentiment très vif de ses péchés, de son indignité, qui donne à la prière un accent de douleur et d'humilité.
(2) Une fois, bien entendu, acquitté la prière vocale de règle, office ou bréviaire. - C'est un écueil assez fréquent pour des personnes pieuses de s'imposer de leur plein gré des prières vocales dont le nombre va en augmentant avec les années de leur vie, si bien que la récitation en devient une charge qui provoque l'ennui ou le sommeil, mais que l'on se fait .un scrupule capital de rejeter. C'est une erreur qui risque de paralyser l'essor de la vie intérieure : il est grandement préférable, une fois dites les seules prières vocales nécessaires, de recourir à l'oraison mentale, ou tout au moins, de réciter des prières vocales, psaumes, chapelet, ou autres, en y cherchant moins une quantité déterminée qu'une occasion de méditer.
(3) Tout ce paragraphe demande explication. A la suite de l'interdit jeté par le pape sur l'Empire, les Dominicaines de Colmar, mal conseillées et cédant aux menaces _ violentes des agents de Louis de Bavière (cf. introduct. : les oeuvres de Venturin, lIl), avaient continué à célébrer les offices et faire dire la messe dans leur chapelle ; leur erreur fut courte, mais elle leur valut des censures qui les privaient des sacrements. C'est alors qu'elles eurent recours à Venturin. - La sainte Suzanne dont il est ici parlé est une vierge romaine, martyrisée sous Dioclétien pour avoir, parce que chrétienne, refusé d'épouser un païen, malgré les menaces de l'empereur; elle obtint par ses prières l'écroulement soudain d'une idole à laquelle on voulait l'obliger à sacrifier : sa fête est le 11 août. - Le passage cité de saint Augustin (Comment. sur l'Évang. de saint Jean, traité XXV, 12) signifie que par la foi, accompagnée de charité, en Jésus-Christ pain des anges et des hommes, aliment qui ne périt pas, mais qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera (Jean, VI ; 27), l'àme peut recevoir, à défaut du sacrement lui-même, son effet. C'est ce qu'explique Tenter, dans ce très beau passage cité par Clémenti, où se trouve toute la théorie de la communion spirituelle, applicable à tous les cas où la communion réelle est impossible : "O homme, si tu es des membres sains (c'est-à-dire sans péché mortel), devant la privation du sacrement d'Eucharistie que t'inflige l'interdit, sache pour ta consolation que tu n'es pas nécessairement privé de la chose même du sacrement. Car le sacrement, ce sont les espèces sacramentelles, et s'il arrive que des membres du corps mystique de Jésus-Christ soient empêchés, en temps d'interdit, de recevoir ces espèces, toutefois ils ne sont pas privés nécessairement de la chose du sacrement, c'est-à-dire de ses effets ; et même pour eux la perte peut n'être pas grave, parce que rien ne peut leur enlever la chose signifiée et contenue dans le sacrement, c'est-à-dire le Christ lui-même, que les parfaits peuvent toujours en pareille circonstance au moins désirer."